Franciska SKUTTA

Franciska SKUTTA, Marcel Arland : La duchesse Anne > 153

« Tel qui rit vendredi… » – énonce une voix qui s’interrompt avant de terminer
le proverbe bien connu. Puis elle continue tout de même, mais dans une voie
inattendue : « Mais je ne riais pas. J’ai même pleuré ». Ces premières phrases de
La duchesse Anne, nouvelle incluse dans l’un des recueils les plus célèbres de
Marcel Arland, Le Grand Pardon, créent immédiatement, chez le lecteur,
une double attente : connaître l’événement bouleversant du « vendredi », et en
découvrir les conséquences qui doivent se révéler – le proverbe le suggère, même
sous sa forme tronquée – deux jours plus tard, le dimanche. L’exposition de la
nouvelle, un bref paragraphe qui se détache nettement de la narration proprement
dite, ne donne que des informations lapidaires pour orienter le lecteur ; ainsi
apprend-on que la voix narratrice est celle d’une femme : « Je pleurais et, bien sûr,
j’étais contente » (p. 83), que l’acte narratif a lieu précisément le dimanche après ce
vendredi mémorable : « Et le dimanche, nous y sommes » (p. 83), et qu’entre ces
deux moments, des émotions contraires s’éveillent dans l’âme de la narratrice :
« j’étais contente – non, ce n’est pas le mot –, heureuse, presque heureuse, avec
autant d’espoir que de crainte, quand je songeais au dimanche » (p. 83). Arrivé au
terme de l’exposition, le lecteur peut penser un instant que la nouvelle sera un
démenti du proverbe et que cette histoire, ayant commencé par des pleurs, finira
bien par un rire libérateur. Cependant, à mesure qu’avance le récit – un monologue
qui ne s’adresse à personne, si ce n’est, intérieurement, à la narratrice elle-même –,
le lecteur comprend la gravité de la situation, et la progression inéluctable de
l’histoire vers une fin tragique, qui s’accomplira dans la journée du dimanche.

 

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