Györgyi FÖLDES

Györgyi FÖLDES, Traduction et réception. « Pourquoi les Français se désintéressent-ils de la littérature hongroise, notamment des oeuvres de Zsigmond Móricz ? » > 129

En 1933, Géza Laczkó, critique francophone, écrit un essai hardi dans la revue
Nyugat. Le texte, dont déjà le titre (Miért nem kell a franciáknak a magyar
irodalom? : « Pourquoi les Français se désintéressent-ils de la littérature hongroise
? ») est provocant, expose les causes de cette réception réservée. Parcourons-les : 1.
Quant aux pièces hongroises, elles sont généralement présentées dans de petits
théâtres. 2. Les romans hongrois traduits en français sont des publications de
propagande ou bien des tentatives désespérées d’éditeurs désespérés. 3. Et
l’argument le plus provocant : la littérature hongroise reste sans intérêt, parce
qu’elle est sans valeur. D’abord, la remarque ne semble concerner que les
traductions : le caractère littéraire du style des traducteurs français est fort douteux.
Comme ils ne connaissent pas la langue hongroise, ils travaillent d’après des
traductions brutes, ils ne saisissent donc pas et ne peuvent pas rendre l’originalité
stylistique de tel ou tel auteur. Puis nous apprenons – c’est d’ailleurs le porte-parole
ou l’alter ego de Laczkó, une dame hongroise, cultivée et vivant à Paris depuis
longtemps qui prononce cet argument – que les textes littéraires hongrois pourraient
être écrits en n’importe quel point de l’Europe ou du moins de l’Europe centrale.
Or, selon Laczkó, l’internationalité d’une littérature quelconque est inférieure au
caractère national (compris ici comme une certaine spécificité, un certain goût, et
non pas comme régionalisme ou populisme : dans notre cas, comme caractère
magyar et non pas comme caractère « magyaros »). Selon l’avis de cette femme,
Petıfi était encore un vrai Hongrois avec sa « puszta », Madách l’était aussi avec
son transcendantalisme morose, même Ady l’était avec sa révolte ; mais les paysans
de Zsigmond Móricz sont déjà pareils aux paysans de Maupassant, à ceux de
Ludwig Thoma ou à ceux de Ouida : le paysan est le sujet le plus international
possible, car il comporte peu de couches (avidité, astuce, lenteur, humour). Il en est

de même de l’autre thème de Móricz : les moeurs de province, similaires partout sur
le continent.

 

Pour lire la suite, veuillez consulter le document pdf ci-dessous.