Sándor KISS

Sándor KISS, Proust et Nerval > 29

« Telles sont ces matinées bénies, creusées […] dans la dure pierre de nos
journées, et gardant miraculeusement les couleurs délicieuses, exaltées,
le charme de rêve qui les isole dans notre souvenir ». Cette phrase, inspirée à
Marcel Proust par sa lecture de Sylvie, et que nous extrayons de ses brefs essais
sur Gérard de Nerval, condense d’une manière heureuse tout le plaisir et tout le
trouble que le futur auteur de la Recherche a ressentis en découvrant l’art du récit
nervalien, cette prose d’une si étrange simplicité. Le hasard nous a conduit vers
cette autre phrase « résomptive », où le narrateur de Sylvie, arrivé à son dernier
feuillet, jette un regard amer et désabusé sur sa jeunesse, objet du récit qu’il vient
de terminer : « Telles sont les chimères qui charment et égarent au matin de la
vie » (p. 567). Le long développement que résume la phrase de Proust parle
d’harmonie et d’exaltation, perpétuées par le souvenir ; et l’histoire que résume la
phrase de Nerval est faite d’harmonie, d’exaltation, de promesse et d’échec,
transmués en chimères et illusions selon la logique du récit, mais gravés dans la
mémoire du narrateur, qui n’oublie pas l’« idéal sublime », opposé à la « douce
réalité », « les deux moitiés d’un seul amour ».

 

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