Hervé GIRAULT

Hervé GIRAULT, Entre créativité lexicale et connivence culturelle : le traitement des prénoms en argot > 69

The widespread practice of using nicknames is of particular interest to the linguist especially when its creativity fulfills the identitary and cryptic functions of slang words. Moreover, to give an account of a sphere of activity for which the language in use has no linguistic resources, the speaker makes use of his creativity borrowing first names in use.

Bientôt sous le coup de ses fréquentes mutations d’état civil, et pour s’être sur une impressionnante série de faux-fafs donné trop de papas et de mamans postiches, le truand pourrait en arriver, la chose a été observée, à ne plus savoir qui il est en vérité. Cette inconfortable amnésie, génératrice, pour qui en est victime, de troubles participant à la fois de la désincarnation et de la perte de densité sociale, voit annuler ses effets par la magie du blaze, témoignage signalétique de la personnalité.

Le blaze est pour le truand ce que sont le nom de guerre pour la courtisane et l’agent secret, le pseudonyme pour le littérateur, le sobriquet pour le joyeux drille. Par le blaze, le truand s’inscrira dans la geste du Mitant, cousinant ainsi lointainement avec les Princes. La chronique du Milieu, se confondant parfois avec la judiciaire, retiendra en effet les blazes de Victor le Malin, Pierrot le Dingue, Jojo les Belles Dents, Armand le Menteur ; de la même façon que l’Histoire a retenu les noms de Charles le Chauve, Louis le Gros, Henri l’Oiseleur, Jean le Bon.

La novice prononçant ses voeux, au sein d’un ordre cloîtré, abandonne patronyme et prénom, pour adopter celui d’une sainte patronne ; semblablement l’apprenti truand à son entrée dans le Milieu, verra son nom oublié et remplacé par un blaze.

Cet extrait du Savoir-Vivre chez les Truands d’Albert SIMONIN (1967) se trouve dans le chapitre II, intitulé « Le Blaze » [apocope de blason] ; au début de l’ouvrage donc, ce qui pourrait constituer un indice de l’importance accordée à la question du surnom dans la culture du Milieu.

De la lecture de ce passage, nous retiendrons tout d’abord la distinction établie entre « nom de guerre », « pseudonyme » et « sobriquet », ce qui soulève des questions terminologiques intéressantes, notamment dans une perspective fonctionnaliste.

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