Anna SZABÓ

Regina Bochenek-Franczakowa, Raconter la Révolution > 143

Les travaux de Regina Bochenek-Franczakowa (Université Jagellone de
Cracovie), spécialiste de l’histoire du roman des XVIIIe et XIXe s., présentent
une cohérence à la fois thématique et théorique : ils témoignent de son intérêt
pour les procédés narratologiques et la problématique du personnage.
(Le Roman épistolaire à voix multiples en France de 1761 à 1782, Kraków,
1986 ; Le Personnage des romans par lettres à voix multiples de la Nouvelle
Héloïse aux Liaisons dangereuses, Kraków, 1996.)
Tout lecteur ayant vécu les deux dernières décennies de l’Europe devrait se
sentir concerné par cette monographie qui laisse entendre combien ces
recherches ont été stimulées par l’actualité vécue : « Fascinée depuis longtemps
par la période de la Révolution française, je n’avais pas pu prévoir que cette
admiration allait être nourrie d’une expérience [...]. En lisant certaines oeuvres
françaises d’il y a plus de deux cents ans, j’avais parfois l’étrange impression
de déjà vu. », dit l’Avant-propos.
L’auteur traite de la période 1789-1800 qui « a rendu aiguë la conscience de
la dimension temporelle de la vie individuelle et collective, divisée en un avant
et un après » (12). La perspective choisie a permis de « réfléchir sur les
rapports entre le roman et l’histoire » (14). Les considérations théoriques les
plus fécondes s’harmonisent ici tout naturellement avec l’approche historique
et stylistique. On nous fait découvrir de plus bien des oeuvres oubliées ou
connues seulement par les spécialistes. (La seule chose dont on regrette
l’absence : un index des auteurs et des oeuvres.)
La première partie est consacrée aux préfaces auctoriales authentiques et
assomptives. Leur prédominance marque un changement net par rapport aux
pratiques des Lumières (préfaces allographes fictives, pseudo-éditoriale).
La plupart des auteurs prennent leur responsabilité : le roman de la Révolution se
prend au sérieux. Un autre changement : le topos du manuscrit trouvé cède la
place au manuscrit confié, ce qui pose autrement le problème de la vraisemblance.
Le hasard est évacué au profit d’une situation personnelle. Ce nouveau topos est
illustré, avant tout, par L’Émigré de Sénac de Meilhan, où il devient « l’emblème
du témoignage personnel promu à devenir documentaire » (37).

 

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