CHAPITRE 2 : Oralité, marronnage et détour

Jean-Georges CHALI, Le conte créole : une poétique de la subversion > 63

L'émergence du conte créole

Le conte créole tient au sein de l'économie de plantation, une place importante dans
le processus de production. Il y occupe une fonction de communication et surtout de
stimuli. L'ambiance des grageries de manioc durant la période de l'esclavage en fournit
la preuve. En effet, les esclaves obligés de travailler à des cadences infernales,
« tiraient » des contes toute la nuit pour éviter de s'endormir. Il en était de même pour
les esclaves préposés au labour. Les chants constituaient l’essentiel de la
communication, entre les esclaves et avec les bêtes de trait. Ces chants connus sous le
nom de lavwa bèf, permettaient au paysan de donner des directives à son assistant, un
jeune garçon appelé pitjè, qui veillait à la conformité des sillons. Ces chants avaient
pour thèmes les récits de vie de personnages légendaires. Les autres esclaves concernés
par la pratique du conte habitaient la maison du maître et avaient en charge l'éducation
des enfants. Cette tâche était le plus souvent confiée à des femmes appelées da. Elles
contaient des histoires aux enfants des maîtres : comptines, proverbes, devinettes,
chants, berceuses, qui relevaient de l’oralité.

Suite aux revers qu’infligea la révolution anti-esclavagiste à l’économie de
plantation et à la crise qui secoua l'industrie sucrière d'alors, l'activité culturelle des
populations affranchies émergea pour marquer la société créole de son empreinte. Tirer
des contes devint véritablement un mode, d'expression aux côtés d'autres activités telles
la danse et la musique des mornes. Comme sur l'habitation, le conte servit de base à
l'éducation des petits Noirs et de lien entre les générations.

 

 

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