Fernanda MURAD MACHADO

Fernanda MURAD MACHADO, De l'oralité à l'espace du livre : Amadou Hampâté Bâ et les notes de bas de page > 55

Il pourrait paraître insolite de consacrer un article non pas au texte d’Hampâté Bâ,
mais à ses marges, si l’auteur n’avait pas lui-même accordé autant d’importance au
péritexte de ses livres. Un encadrement considérable s’impose, en effet, comme une
caractéristique commune à ses différentes oeuvres. Étonnamment, si souvent les préfaces
et postfaces d’Hampâté Bâ ont attiré l’attention des critiques, ce n’est absolument pas le
cas des notes, qui sont pourtant surabondantes. Non seulement les analyses s’y
rapportant sont rares, mais de plus elles ont en commun le fait de s’intéresser aux notes
de manière isolée, sans examiner les rapports entretenus entre ces écrits périphériques et
le texte. Or ces rapports sont essentiels pour saisir la spécificité de la note, c’est-à-dire,
sa dimension de dialogue local et partiel avec un segment déterminé du texte, construit
par le lecteur au fur et à mesure de sa lecture.

Dans les oeuvres d’Hampâté Bâ, les notes sont présentes absolument partout : dans
les récits initiatiques et les contes de la tradition orale, dans les récits historiques ou
biographiques, mais aussi dans ses mémoires et même dans les préfaces et postfaces, qui
sont déjà des textes aux marges des narrations. Elles sont, par conséquent, une
composante essentielle de la pratique scripturale de l’auteur et participent au
fonctionnement de chaque narration, en tant que zone de transaction – entre le texte et le
hors-texte, le discours pragmatique et l’illusion fabuleuse – et, spécialement, en tant que
lieu privilégié d’une stratégie et d’une action sur le public.