Julien DELVAUX

Donner la première place au traducteur peut sembler paradoxal, tant on l'imagine assis à la dernière place et tout dévot d'une esthétique du « verre à vitre » (Leys, 1992 : 5). Lorsque le lecteur y pense généralement, n'est-ce d'ailleurs pas pour s'en plaindre, l'imputer de trahison ou de complication d'un texte original, dont lui-même ne sait souvent que peu de choses ? Peut-être, mais de même que tout bilingue suggère une part d'ombre, les ambiguïtés du traducteur nous invitent aussi à en traiter comme liberté et création. Si, dans le cadre du présent article, nous avons choisi de rencontrer Étienne Dolet (1509- 1546) et Valery Larbaud (1881-1957), c’est parce que l’identification du fondement de l’activité de traduction en tant que création littéraire est particulièrement exaltée chez eux, en même temps qu’elle perce sous des enjeux collectifs et linguistiques caractéristiques. Le choix voué à ces auteurs est également motivé par leur esprit de liberté, vivace et séducteur : comprendre Dolet, c’est envisager son traitement de la traduction à l’intérieur d’un puissant projet d’émancipation qui passe, vis-à-vis de toute autorité, par des confrontations récurrentes et viriles. Quant à Larbaud, qui sut écouter la magie transculturelle des textes dès 1913 contre les enfermements nationalistes, et qui pose, lui aussi, un rapport fort entre la vivacité d’une culture et ses dynamiques de traduction, il nous entraîne en cette dernière comme sur la voie des « amours d’un explorateur avec la fille d’un roi sauvage » (Larbaud, 1946 : 93) : il en va d’une « aventure enthousiaste », qui couve souvent un délicieux appétit de transgression…

 

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