Albert MINGELGRÜN

Albert MINGELGRÜN, Traits picturaux dans l’espace poétique mallarméen > 33

 

Plutôt qu’à une exploration générale, et par là même superficielle, de l’espace poétique mallarméen considéré sous l’angle du pictural, j’ai préféré consacrer le temps qui m’était imparti à l’examen d’un seul texte, Autre éventail, et à mettre en évidence le degré de figuration de son objet auquel il atteint ; ce qui devrait permettre, la partie pouvant signifier le tout, d’appréhender quelques aspects essentiels de la démarche du poète dans le domaine de la picturalité verbale.

Et, en guise de préambule, pourquoi Autre éventail ?

Poème-objet, prenant, bien avant Francis Ponge, le parti des choses, poème-sujet aussi puisqu’il interpelle sa « propriétaire », ce texte fait partie d’un ensemble de trois textes situés au coeur des Poésies et si je l’ai retenu pour une analyse plus détaillée, c’est qu’il occupe lui-même la place centrale entre deux poèmes intitulés Éventail, étant par ailleurs tiré, nouvel écart à l’intérieur du même, Autre éventail...

J’observe en outre qu’il s’inscrit comme le maillon d’une chaîne qui s’articulerait de La dernière Mode (1874), signe extérieur de luxe et de consommation, aux dix-huit pièces des Vers de circonstance (1896) en passant par l’avatar romanesque des Contes indiens (1893), notamment Le Mort vivant et Le Portrait enchanté.

Je souligne, enfin, que notre tryptique précède immédiatement, dans les Poésies, Feuillets d’album, nouvelle analogie de contexte formellement significative.

Parcourons à présent le poème.

D’une manière générale d’abord, il me semble qu’à l’usage conventionnel de l’éventail reposant sur un va-et-vient, de l’immobile au mobile, Mallarmé substitue et privilégie un mouvement suspendu sitôt que lancé qui produit, ou mieux, qui creuse littéralement un nouvel espace.

L’atmosphère liminaire, O rêveuse, fournit naturellement la première indication d’importance en ce qu’elle modifie le statut de référent de Mademoiselle Mallarmé pour l’inscrire pleinement dans un nouveau monde. Plonger implique en effet cette pénétration totale dans un univers inédit tant pour le personnage lui-même que pour l’objet dont il se sert, univers que le vers s’attarde à définir à la fois comme détaché de l’ordinaire et d’accès immédiat, pur délice sans chemin.

Mais cette mobilité initiale, ralentie au moment même où elle s’énonce, se trouve récupérée par l’injonction des vers 3 et 4 : Sache, par un subtil mensonge, c’est-à-dire sois capable de détourner un oiseau de son activité la plus naturelle, Garder mon aile dans ta main puisque l’éventail-oiseau incarne ce paradoxe d’un déploiement possible fondé sur un point fixe.

 

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