Anikó ÁDÁM

Anikó ÁDÁM, La couleur de l’Azur. Mallarmé et la peinture symboliste > 49

 

Poète symboliste français, Stéphane Mallarmé a la réputation d’être obscur. Face à cette obscurité (voulue et reconnue, d’ailleurs, par le poète lui-même), l’ambition de la critique consiste souvent à essayer de rendre clair et transparent ce qui paraît à la première lecture difficile. C’est au fond l’obscurité qui nous invite à voir mieux.

Mieux voir la poésie de Mallarmé peut paraître paradoxal si on prend le verbe voir au sens strict. Ce qu’on peut voir dans une poésie, c’est la structure. Les images, les couleurs et les sensations restent à imaginer. Pour mener à bien cette petite aventure d’imagination, je me propose d’examiner le rapport de la peinture et de la poésie symbolistes. Je voudrais démontrer que l’esthétique mallarméenne, qui s’applique également aux arts plastiques, projette ses principes sur le fonctionnement du langage, et illustrer le fait que le mot-clé pour comprendre les procédés poétiques de Mallarmé est le substantif à la fois le plus obscur et le plus transparent de ses poèmes : l’Azur (mis à part, bien sûr, la blancheur).

Mais l’Azur pourrait, certes, passer pour un mot-clé de toute la poésie française du XIXe siècle, voire de la poésie en général. Tout texte dans lequel apparaît l’Azur devient en quelque sorte poétique. L’Azur est le contexte même de la poésie.

Il faut noter aussi qu’il est un peu hasardeux de comparer la poésie de Mallarmé et la peinture de l’époque, parce que Mallarmé parle très peu de peinture (si l’on excepte sa correspondance avec Whistler et Manet, et quelques portraits relatifs à ces peintres).

A travers l’examen thématique de quelques occurrences de l’Azur dans les textes de Mallarmé, j’espère arriver à définir la tonalité de l’Azur et ainsi contribuer à décrire la symbolique et la poésie de l’écrivain.

L’époque symboliste est la période par excellence pour étudier la relation existant entre les esthétiques littéraire et picturale. Baudelaire a fondé l’école symboliste avec ses idées sur les correspondances, qui reposent essentiellement sur le principe de la synthèse entre les univers (poétique et naturel, humain et naturel, les choses et les idées) ainsi qu’entre les différents arts. Mais alors que le poète romantique refuse toute hiérarchie entre les arts, le poète symboliste, lui, établit une échelle au sommet de laquelle se trouve la Poésie ; tous les autres arts n’étant dignes de ce nom que s’ils participent de l’inspiration poétique, c’est-à-dire de la stylisation.

Aux yeux des poètes symbolistes, le langage est poétique par nature et par son fonctionnement même, en ce qu’il relève des rapports analogiques dans la métaphore, logiques dans la métonymie, concrets dans l’allégorie et abstraits dans le symbole, pour ne mentionner que les figures majeures.

L’art le plus apte à restituer les correspondances cachées derrière le monde visible sera aussi l’art le moins sensible et le moins perceptible par les sens : l’art du langage, c’est-à-dire la poésie.

 

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