Judit MAÁR

Judit MAÁR, La première réception de Mallarmé en Hongrie > 117

 

En Hongrie, Stéphane Mallarmé est resté longtemps ignoré, de son vivant il n’a été presque nullement connu par les hommes de lettres hongrois ; son nom est évoqué pour la première fois dans un article de journal en 1892. Au début du XXe siècle, grâce à un renouveau littéraire considérable, de nombreuses personnalités de la poésie française se découvrent en Hongrie, parmi lesquelles, même si plus rarement, on mentionne Mallarmé. Dans ce renouveau poétique et esthétique, la revue Nyugat [Occident] a joué un rôle primordial.

Dans ma conférence, j’envisage donc cette présence – paradoxalement peu notable – de Mallarmé dans la revue littéraire hongroise la plus radicale et la plus novatrice de son époque2, en me concentrant sur trois questions principales : 1/ les références faites à Mallarmé dans Occident, son image dans la revue par rapport à celles de ses compatriotes ; 2/ le premier poème de Mallarmé traduit en hongrois, « Les Fenêtres », parue dans Occident en 1917 ; 3/ les interprétations du symbolisme dans Occident – comme une raison possible du fait que Mallarmé était relativement peu connu en Hongrie au moment où la poésie française de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe semble pourtant conquérir notre vie littéraire.

1/ La revue Occident a été lancée le 1er janvier 1908 et elle a subsisté jusqu’au 1er octobre 1941, paraissant toutes les deux semaines. L’intention principale de l’organe était de délivrer la poésie de la contrainte des traditions de notre littérature du XIXe siècle, de donner la liberté de s’exprimer à de nouvelles idées à l’aide de nouveaux moyens poétiques, et de ne respecter que le talent. Les fondateurs et les collaborateurs de la revue n’ont pas songé à organiser une école esthétique quelconque, non plus qu’un parti littéraire, et si leur initiative a pris pourtant la forme d’un mouvement poétique cohérent, c’est avant tout à cause de la résistance et des attaques perpétuelles venant du côté de la critique officielle. En effet, Occident n’a jamais représenté un goût esthétique homogène, au contraire, son profil est marqué par la variété des styles. Le seul fait qui, tout de même, a donné une homogénéité particulière à la revue a été justement le désir conséquent de l’autonomie de l’art et du talent, et cette volonté a souvent dépassé les cadres de l’esthétique pour toucher aux frontières d’une révolte morale ou politique. Si de vives polémiques accompagnaient l’existence de la revue, provoquées par la littérature conservatrice et traditionaliste, la critique représentée dans et par la revue était souvent polémique elle-même, parfois subjective et toujours combattante. Ainsi les valeurs littéraires proclamées par Occident se sont souvent enveloppées d’une interprétation extralittéraire, au détriment d’une conception esthétique immanente.

 

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