LECTURES COMPARÉES

Michel BRIX, Aux sources de l’affrontement Proust-Mallarmé > 125


Le 15 juillet 1896, Marcel Proust publie dans La Revue blanche un article intitulé « Contre l’obscurité », qui vise les poètes symbolistes, et principalement Mallarmé. Proust s’attira la riposte de Lucien Mühlfeld – dans le même numéro de La Revue blanche –, avant que Mallarmé ne prît lui-même la plume pour répondre à celui qui n’était alors que l’auteur du recueil des Plaisirs et les Jours : « Le Mystère dans les lettres » paraît le 1er septembre 1896 et c’est à nouveau La Revue blanche qui accueille ce texte.

Quels étaient les griefs de Proust ? L’obscurité de la langue utilisée par les symbolistes, d’abord : le poète « renonce à ce pouvoir irrésistible de réveiller tant de Belles au bois dormant en nous, s’il parle une langue que nous ne connaissons pas ». Au dire de Proust, les mallarméens s’ingénient à parler une « langue spéciale », proche de la musique, où les mots ne seraient plus que de « purs signes » et tendraient à rencontrer le moins possible l’obstacle du référent, de la représentation. Proust regrette que disparaisse ainsi le poids émotif, historique ou subjectif des mots, et que soient évacuées les affinités existant entre la sensibilité du lecteur et le langage. Les symbolistes ont d’ailleurs le tort – toujours selon l’auteur de « Contre l’obscurité » – de vouloir se débarrasser de tout ce qui rappelle les particularités individuelles du poète ou de ses lecteurs :

Qu’il me soit permis de dire encore du symbolisme, dont en somme il s’agit surtout ici, qu’en prétendant négliger les « accidents de temps et d’espace » pour ne nous montrer que des vérités éternelles, il méconnaît une [...] loi de la vie qui est de réaliser l’universel ou éternel, mais seulement dans des individus. Dans les oeuvres comme dans la vie les hommes, pour plus généraux qu’ils soient, ils doivent être fortement individuels (cf. La Guerre et la Paix, Le Moulin sur la Floss), et on peut dire d’eux, comme de chacun de nous, que c’est quand ils sont le plus eux-mêmes qu’ils réalisent le plus largement l’âme universelle.

 

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