Manuela-Delia SUCIU

Manuela-Delia SUCIU, Mallarmé et son objet fantasme > 175

 

Le fantasme est défini par la Nouvelle Encyclopédie Bordas comme « représentation imaginaire apparentée au rêve ou à la rêverie et traduisant des désirs ou des craintes. Les fantasmes peuvent être conscients ou inconscients ».

Selon le Dictionnaire de la Psychanalyse, ces deux registres de l’activité fantasmatique se retrouvent dans le processus du rêve : le fantasme conscient participe à ce remaniement du contenu manifeste du rêve que constitue l’élaboration secondaire, et le fantasme inconscient est inscrit à l’origine de la formation du rêve.

Ayant pour modèle la manière freudienne classique d’interprétation, Jean Laplanche et J. B. Pontalis définissent le fantasme comme « un scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir et en dernier ressort d’un désir inconscient ».

La dernière perspective, qui fait du fantasme un scénario où se raconte une histoire ou un roman, met en rapport le fantasme et la narration. Ce fantasme est donc toujours centré autour d’un sujet, ce qui fait que l’on puisse parler d’un fantasme de l’auteur, d’un fantasme du personnage ou même de celui du lecteur – tout cela donc en fonction du point de repère qu’on prend.

L’idée de l’objet-fantasme qui remplace l’humain apparaît en littérature avec Flaubert : lui et ses successeurs vont l’investir de toutes les qualités et de tous les défauts de celui qu’il remplace.

Même si c’est un fait du réel, l’objet-fantasme est vu par la subjectivité de son créateur, étant, dans un sens abstrait et par conséquent intellectuel, un objet de réflexion.

Mais en littérature, l’objet-fantasme est perçu différemment par les trois genres : si le genre romanesque permet l’irruption de l’objet matériel qui remplace effectivement l’humain, la poésie lyrique est sans objet, ou autrement dit, son objet est l’ombre de l’objet, un objet perdu qu’elle veut ressusciter.

Le langage étant lui aussi un objet à l’intérieur du matériau littéraire, cela fait que l’objet littéraire est la littérature même : elle consomme ses propres objets, elle est un objet qui donne à lire et à re-créer par la lecture. Les mots sont les seuls moyens dont disposent les poètes ; ces mots se subliment, deviennent essence des Idées, acquièrent même des pouvoirs magiques et, dans un effort ultime, s’effacent pour laisser parler le Néant.

 

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