Marchall L. OLDS

Marchall L. OLDS, Mallarmé, traducteur de Nursery Rhymes > 79

 

En 1964, Carl Paul Barbier a publié le texte d’un manuscrit trouvé par lui à Valvins d’un projet pédagogique élaboré entre la fin des années 1870 et 1880 ou 1881. Il s’agit de la traduction et de l’exploitation pour la salle de classe de 141 nursery rhymes anglaises. Cet ouvrage non-achevé et inédit du vivant du poète, a formé tout de même un fonds dont Mallarmé s’est servi dans son enseignement et qu’il songeait vaguement à diffuser plus largement.1 Ce texte peu familier même aux mallarmistes peut retenir notre intérêt aujourd’hui parce qu’il nous aide, bien qu’indirectement, à situer la pensée artistique du poète pendant une période d’évolution importante où il développe un sens nouveau du langage et particulièrement de la prose : jamais il n’en avait écrit autant en vue de la publication.2 La difficulté de cette période est double. D’abord on la connaît assez mal dans le détail. Cela vient sans doute du fait qu’à partir de 1971, date du déménagement de la famille Mallarmé de la province pour son installation rue de Moscou, les habitudes de Mallarmé en tant que correspondant ont radicalement changé. Finie l’époque des grandes amitiés épistolaires (notamment celles avec Cazalis et Lefébure) qui nous avaient si richement dotés de lettres écrites de Tournon, de Besançon et d’Avignon ! Finie donc notre vue sur la pensée intime du poète dans l’élaboration de sa création. Il faut convenir aussi que les années 1870 voient moins de cohérence dans le seul but d’écrire de la poésie que pendant la décennie précédente, et beaucoup plus de variété dans les activités intellectuelles, ou esthétiques, qu’a n’importe quelle autre époque de sa vie.

Avant de passer aux curieux petits textes que sont les nursery rhymes, évoquons cette activité intellectuelle qui en fournit le contexte. En tant que poète au sens classique du mot (c’est-à-dire quelqu’un qui compose et publie des poèmes), il n’y a que deux événements importants à signaler : Mallarmé inaugure sa vie parisienne en 1873 avec le Toast funèbre dédié à Théophile Gautier, et en 1876 il mène à bien, après dix ans de mûrissement, L’Après-midi d’un faune. Sans doute y a-t-il d’autres travaux de retouche ou de refonte : on pense au souci continu de perfectionner Hérodiade, et au remaniement donné aux poèmes qui verront le jour au cours des années 1880 et qui, vraisemblablement, auraient eu leurs origines plus tôt, comme le sonnet en -ix (1887) et la Prose (pour des Esseintes) datant de 1885.

 

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