Maria VODĂ CĂPUŞAN

Maria VODĂ CĂPUŞAN, Hamlet et le pouvoir du songe – lecture roumaine > 27

 

Qu’est-ce que Hamlet de Mallarmé ? Un « reportage des premiers soirs » (Crayonné au théâtre)? Un feuilleton écrit en marge d’un spectacle des années 1880, auquel on fait d’ailleurs allusion à plusieurs reprises dans ce texte mallarméen ayant suscité plus d’un débat critique ? A regarder la pose pathétique d’un Mounet-Sully sur les images d’époque on voit mal le rapport possible entre celle-ci et « le personnage d’une tragédie intime et occulte » dont parle Mallarmé... Est-ce plutôt un traité de théâtre, pour lequel ce spectacle parisien n’est qu’un simple prétexte ? Et surtout, y a-t-il quelque écho à découvrir entre ce Hamlet que nous devons à l’écrivain suprême dont le Livre toujours et ardemment pressenti mais jamais écrit aurait dû être à la fois poème et drame – et nos Hamlets du XXe siècle... Nous, spectateurs et critiques qui habitons toujours, un siècle plus tard, « le trou magnifique ou l’attente qui, comme une faim, se creuse chaque soir, au moment où brille l’horizon, dans l’humanité – ouverture de gueule de la Chimère méconnue et frustrée à grand soin par l’arrangement social. » Pouvons-nous fournir des arguments valables pour prouver que ce « pouvoir du songe » – expression qui définit chez Mallarmé la tragédie de Shakespeare – nourrit encore les recherches de la scène contemporaine, en France ou ailleurs... Telles sont donc les questions à poser aujourd’hui, à l’occasion du centenaire, à propos d’une page capitale, qui inspire toujours une direction importante du théâtre moderne, celle d’un théâtre « abstrait », – opposé à la « cruauté », à la « peste » d’un Artaud – où fête signifie avant tout qu’« un peuple témoigne de sa transfiguration en vérité » (Quant au livre).

Pour répondre aux deux premières questions sur la nature et les visées du texte mallarméen, besoin est de le considérer dans le contexte où il apparaît, vu le souci de construction toujours manifeste chez Mallarmé, et surtout dans ce cas, où des pages publiées dans la Revue Indépendante, des notes diverses, deviennent à un moment donné Crayonné au théâtre. Poétique du fragment, sans aucun doute, que celle qui régit cette oeuvre, qui se donne pour « divagations », mais dont la « syntaxe » n’en est pas moins significative. Mallarmé avait avoué, d’ailleurs, son intention, dans un paragraphe des Notes qu’il ne reprend plus dans la variante finale : « son critère dégagé de l’évanouissement du menu fait ne déchiffra que l’enlacement mystérieux d’une date spirituelle ».

La quinzaine de paragraphes qui précèdent Hamlet dans Crayonné au théâtre disent la déception de Mallarmé devant la scène française de la fin du siècle dernier qui ne semble pas répondre au rôle d’un « dispensateur de Mystère ». Aussi le Poète préfère-t-il des spectacles dans un fauteuil, fût-ce la « fausse entrée des sorcières dans Macbeth » ou d’autres « rêveries ». Pour lui, dans ce théâtre, ou plutôt dans les arts de la représentation où « énoncer signifie produire » – depuis le Ballet qui montre « seulement une représentation » jusqu’au Mélodrame – « il ne se passe, en fin de compte, rien ». Voilà ce qui explique son peu d’assiduité, qu’il avoue à mainte reprise.

 

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