Beáta VARGA

Beáta VARGA, Écrire : transcrire ou bien orthographier ? > 89

 

« […] le signe linguistique par lequel chaque langue réalise une analyse originale de l’expérience humaine, préexiste à sa notation graphique »

(François Sébastianoff)

Introduction

La première question que nous nous poserons en nous intéressant à l’étude du système phonétique d’un ancien état de langue sera celle-ci : sur quel matériel baser les recherches ? Puisque l’enregistrement sonore de la voix humaine est une invention récente, il ne nous reste que les témoignages écrits sous toutes leurs formes possibles. En revanche, l’absence de l’oral direct, ainsi que l’absence de locuteur natif garant de la description exacte de la langue met le chercheur en garde ; il doit, en effet, étudier de façon distanciée, avec une certaine réserve, la représentation que donnent de la langue parlée ceux qui écrivent sans vouloir nécessairement refléter un usage.

Les études de phonétique historique s’appuient beaucoup sur les formes versifiées, en tenant compte du fait que les règles de la versification se fixent très tôt et se conservent pratiquement jusqu’à nos jours – mis à part les nouvelles écoles (prose poétique, poème en prose, vers libres). Cependant même la prose recèle des informations précieuses à travers son habit, l’écriture.

L’orthographe du français s’est fixée au cours de l’époque capétienne : on peut regretter qu’elle se soit cristallisée aussi tôt, en devenant rapidement archaïque par rapport à une prononciation qui continuait à évoluer.

En fait, le changement est inhérent à la langue, toute langue change, aucune exception n’y est connue. Mais le système langagier n’évolue pas d’une façon homogène, un changement affectant un élément particulier aura progressivement des répercussions sur les autres éléments du système. Ce phénomène remarquable peut être observé dans l’étude contrastive du phonétisme et du graphisme de la langue française, surtout dans ses anciens états.

1. Le Moyen Français

1.1. Où peut-on le situer ?

C’est une période exceptionnelle de l’histoire du français. Traditionnellement, elle est limitée par le début de la Guerre de Cent Ans (1328) et la fin des guerres de Religion (1610). Pourtant des analyses récentes nous montrent que, d’un côté, le caractère des témoignages écrits est différent à partir du dernier tiers du XIIIe siècle, de même, c’est le moment à partir duquel le dialecte francien s’impose aux dépens des autres, dès lors relégués à l’arrière-plan dans les écrits 

officiels, tandis que d’un autre côté, l’expansion de l’imprimerie modifie profondément les habitudes langagières et éveille une conscience attentive dans la pratique de la langue vernaculaire, consacrée définitivement par l’édit de Villers-Cotterêts en 1539.

Une époque bouleversée par des conflits et des crises dans la société, une époque dont la littérature, selon les philologues, manque de grands classiques. Tout de même, les traducteurs et les rhétoriqueurs du XIVe et du XVe siècles utilisent, modulent et enrichissent minutieusement leur « françois ». Rutebeuf, Froissart et Villon sont indéniablement des poètes remarquables, en même temps, profondément influencés par l’ambiguïté de l’époque : dans leur langue, ils sont modernes, ils ne comprennent plus l’ancien français, mais leur mentalité est encore celle de l’âge gothique.


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